25-11-08

Me Hissel: "Mon combat était sincère"

hissel3Judiciaire - Interview

Me Hissel: "Mon combat était sincère"

Roland Planchar

La Libre Belgique - Mis en ligne le 25/11/2008

Pour la première fois depuis son inculpation, l’ex-héros du mouvement blanc se livre. Sans esquiver les questions difficiles, il explique, raconte et présente des regrets.

Le 18février 2008, on apprenait que l’avocat qui fut emblématique du "mouvement blanc", en tant que conseil des parents de Julie, Mélissa et An, victimes de Marc Dutroux, était inculpé pour détention d’images pédopornographiques. Il avait consulté des sites proposant de telles images, sur Internet. Hormis quelques phrases immédiates, il était depuis resté volontairement dans le silence. Il vient cependant de décider de s’expliquer. Sans refuser les questions difficiles.

- Pourquoi parler maintenant ?Nous pensions, avec mes avocats, conserver le débat sur le seul plan judiciaire. Mais on a dû constater qu’un débat public existe. Et j’ai deux motivations principales pour y apporter mes réponses. Je veux dire que je regrette les faits et que le combat que j’ai mené dans l’affaire Julie et Mélissa, je l’ai fait sincèrement.

- Votre défense dit que vous n'avez pas légalement "possédé" les images sur votre écran, qu'il n'y aurait donc pas matière infractionnelle. Le point est discuté en droit, c'est une chose. Mais quelle différence au plan éthique ?

J’ai consulté des sites, oui. Mais je n’ai rien téléchargé, rien acheté, jamais. C’était mon souci de ne pas dépasser une certaine limite.

- Etiez-vous un "loup dans la bergerie" quand vous étiez le héraut du "mouvement blanc", comme l'a redouté Jean-Denis Lejeune ?

Je vous assure que non et la chronologie le montre. Le parquet a situé le début de la période infractionnelle au pire au 1erjanvier 2005 (NdlR: c’est exact). Cela faisait 2 ans que j’en avais fini avec l’affaire Dutroux. Par ailleurs, j’ai toujours averti mes clients, dans cette affaire, que j’avais défendu des pédophiles auparavant. C’était sans rapport et ils n’ont jamais trouvé à y redire, en tant que partie civile.

- Etes-vous alors une victime collatérale de l'affaire Dutroux ?

Pendant l’affaire elle-même, non. Mais j’aurais dû prendre conscience de ma fragilité car cela laisse des traces. Je me suis cru plus fort que j’étais. Il est exact que j’ai découvert, dans le dossier de Neufchâteau, sur un CD, que de tels fichiers existaient. Et après 2005, je me suis rendu compte de la facilité avec laquelle on a accès à des fichiers du genre, sur Internet.

- Il se dit que vous auriez été vous-même victime d'un pédophile, dans votre jeunesse. Si c'est vrai, ceci peut-il expliquer cela ?

Non, car cela a en réalité été une force et une motivation pendant l’affaire Dutroux. Mais cela a pu être une faiblesse après l’arrêt brutal de mon très grand engagement dans la défense des parents.

- Des policiers étaient suivis au plan psychologique pendant l'enquête. Vous, avez-vous ensuite été soutenu ? Avez-vous appelé à l'aide ?

On m’avait proposé de l’aide et j’ai, je crois, moi-même lancé un signal, mais mitigé. En tout cas, rien ne s’était fait. Maintenant, je suis soutenu, comme les conditions imposées par la juge m’y conduisaient évidemment. Et j’ai choisi une personne qui m’avait sérieusement contesté et ébranlé pendant l’affaire Dutroux. Un gage de l’absence de toute complaisance.

- Jusqu'ici, vous n'aviez pas présenté d'excuses. Que dites-vous à ceux qui avaient fait de vous un héros ? Aux parents que vous défendiez ?

Il ne me revient pas de m’exprimer par rapport à ces parents. Pour le reste, je ne puis que regretter et je le fais sincèrement. J’espère pour eux, mes proches et moi qu’une rédemption est possible.

- On tient pour acquis que consulter de tels sites conduit au maintien ou à la construction d'un "marché", avec davantage d'enfants violés et photographiés et avec davantage de bénéfices pour les réseaux de pédophiles. Avez-vous le sentiment d'avoir contribué à cela ?

Je ne vais pas faire le débat technique mais je rappelle que je n’ai rien payé, comme cela a été démontré par l’enquête. Alors, si j’y ai contribué, c’est à mon sens et je l’espère de façon minimale.

- Votre regard sur ce type de criminalité a-t-il changé ?

Non! Je reste entièrement du parti de ceux qui veulent que cela soit combattu.

- Votre action, notamment pour la facilité d'accès à la Cour de cassation pour les parties civiles et pour l'accès au dossier répressif, semble avoir eu des conséquences positives. Qu'en dites-vous ?

Eh bien c’est vrai que, avec Me Laurent Arnauts et dans le cadre du dessaisissement du juge Connerotte, on a pu plaider pour la première fois sans le filtre d’un avocat dit "de cassation", en ouvrant cette porte-là. Et que, en juillet1997, la Cour devenue constitutionnelle a admis, comme je le demandais, qu’un recours soit possible en cas de refus du juge de donner aux parties civiles l’accès au dossier répressif. Les combats ne doivent pas pâtir des zones d’ombre de ceux qui les mènent.

- Quand votre inculpation a été connue, la chute a-t-elle été aussi rude qu'on la suppose, auprès de vos proches, amis et clients ?

( Long silence ) Je ne peux répondre de manière assurée. Il y a eu des effets dans des registres divers. Certains se sont éloignés, d’autres se sont rapprochés, puis il y a eu des retours.

- Qu'est devenue votre vie ?

Côté privé, je ne puis impliquer personne dans ma réponse. Côté professionnel, disons que j’ai conservé des clients et que je ne rencontre pas de réticence judiciaire. Je viens d’obtenir un gros dossier d’assises

- Vous considérez-vous comme un pédophile ? Retournerez-vous sur les sites ?

C’est très clair: non et non!